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OFI INVEST ASSET MANAGEMENT : PAROLE D’EXPERT La Chine et l’ère Trump 2.0
18/2/2025

Quelques semaines après le début du second mandat de Donald Trump à la présidence des États-Unis, quels sont les premiers effets sur la Chine, grand rival de la première économie mondiale ?Jean-Marie Mercadal, Directeur Général de Syncicap AM décrypte les perspectives de l’économie chinoise et les dernières tendances des marchés.
L’investiture de Donald Trump est perçue comme un « game changer »(1) mondial. Quel est l’impact pour la Chine ?
L’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis a effectivement bouleversé l’ordre mondial, tant sur le plan géopolitique qu’économique. Pour la Chine, l’enjeu principal est la mise en place de nouvelles taxes douanières par les États-Unis. En 2024, la Chine a enregistré un excédent commercial record de près de 1 000 milliards USD, avec une forte augmentation des exportations en décembre, probablement due à la constitution de stocks avant la hausse des taxes.
Cet excédent commercial, dont près de la moitié provient des échanges avec les États-Unis, montre la résilience de l'économie chinoise malgré les tensions commerciales. De plus, la Chine a diversifié ses partenaires commerciaux, notamment avec les pays de la « Belt and Road Initiative »(2), réduisant ainsi sa vulnérabilité aux mesures de rétorsion américaines.
Les relations entre les États-Unis et la Chine ont commencé l’année sur une note moins tendue que prévu. Les présidents Xi Jinping et Donald Trump ont eu des échanges constructifs, et Donald Trump a finalement décidé de n’appliquer qu’une hausse de 10 % des taxes douanières sur les produits chinois, relativement modérée par rapport aux 60 % que Donald Trump avait menacés d'imposer lors de sa campagne présidentielle, contre 25 % pour le Mexique et le Canada. Plusieurs facteurs expliquent cette modération, notamment la sensibilité des consommateurs américains à la hausse des prix et les moyens de rétorsion dont dispose la Chine, tels que les restrictions sur les exportations de terres rares(3), essentielles à la fabrication de composants électroniques. La Banque populaire de Chine se réserve la possibilité de piloter une dévaluation du yuan si jamais son économie devait être touchée par une hausse des taxes douanières. Elle détient encore plus de 800 milliards de dollars d’obligations du Trésor americain, ce qui pourrait peser sur le marché obligataire américain alors que Wall Street est bien valorisée et serait vulnérable à une hausse des taux longs. Un scénario que Donald Trump souhaite éviter.
Cela peut-il expliquer la bonne réaction de la bourse chinoise ?
L’indice MSCI China progresse de plus de 10 % (en dollar) depuis l’investiture de Donald Trump. Sur la même période, l’indice S&P 500 gagne 2,0 % et le Nasdaq 2,7 %. Aujourd'hui, la Chine est bien mieux préparée à une guerre commerciale avec les États-Unis qu'en 2018 et le rapport de force est moins déséquilibré. De plus, les opportunités de collaboration économique entre les deux pays restent possibles, ce qui pourrait créer une situation gagnant-gagnant. Par exemple, les entreprises chinoises possèdent la capacité industrielle de créer des usines en coentreprise aux États-Unis, et des personnalités comme Elon Musk, qui a joué un rôle clé dans l’écosystème des voitures électriques en Chine, pourraient servir d’intermédiaires.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, la Chine s’est illustrée il y a quelques semaines à peine avec les annonces de DeepSeek* dont le modèle de raisonnement complexe, R1, se distingue par son efficacité et son coût maîtrisé. De son côté, Alibaba* a annoncé des progrès significatifs dans son modèle IA Qwen2.5 Max, qui semble surperformer beaucoup de ses compétiteurs dans plusieurs domaines. L’action Alibaba* a progressé de 39 % depuis deux semaines, comme depuis le début de l’année d’ailleurs. Cela illustre la vitalité de l’industrie technologique chinoise en dépit des restrictions d’accès aux semi-conducteurs américains les plus performants.
Où la dynamique économique de la Chine en est-elle ?
La croissance 2024 a été conforme à l’objectif du gouvernement, à 5 %. Mais, les prix de l'immobilier ont chuté de 30 % depuis 2021, alors que cet actif représentait près de 70 % du patrimoine des ménages. L’effet richesse est donc très négatif et la confiance des consommateurs est logiquement à un niveau très bas. Le taux de chômage des jeunes est de l’ordre de 20 %, et les mesures réglementaires strictes de 2021 ont également contribué à cette perte de confiance.
Pour enrayer cette spirale négative, les autorités ont mis en place une série de mesures à partir de septembre 2024. Le plan gouvernemental comprend trois volets : la restructuration des mauvaises dettes dans les bilans des gouvernements locaux, la stabilisation du marché immobilier par diverses mesures techniques de soutien et, enfin, la relance de la consommation intérieure des ménages. Les autorités espèrent que ces mesures, combinées à une stabilisation de la bourse, créeront un climat favorable à un regain de confiance et inciteront les ménages à investir leur épargne en actions plutôt qu’en immobilier.
Des augmentations du salaire minimum ont été décidées dans cinq régions, avec des hausses allant de 10 % à 20 %. Par exemple, dans le Xinjiang, le salaire minimum est passé de 1 540 à 1 750 yuans, tandis qu’à Shanghai, il est de 2 690 yuans. Le gouvernement central a également publié des directives pour protéger les droits de propriété des entrepreneurs et limiter les abus de pouvoir, afin de restaurer la confiance des ménages et des entrepreneurs. Nous évoquons également la possibilité de distribuer des coupons de consommation à certaines catégories de la population.
En résumé, quelles sont les perspectives pour l'économie chinoise ?
La Chine est à un tournant crucial. La capacité du gouvernement à mettre en oeuvre des réformes efficaces et à restaurer la confiance des ménages et des entrepreneurs sera déterminante pour l'avenir économique du pays.
Un plan de soutien concret est attendu début mars lors de la réunion des « Deux Sessions ». Le gouvernement aura, à ce moment là, pu juger la vigueur de la confiance des consommateurs après la semaine de congés du Nouvel An chinois. Son objectif est de stimuler la consommation intérieure pour être moins dépendant des exportations. Il mise également sur une stabilisation de la bourse pour créer un climat favorable à un regain de confiance, ce qui pourrait susciter des flux d’investissement des investisseurs individuels.
Les investisseurs devront rester attentifs aux développements politiques et économiques des prochains mois, car ils auront un impact significatif sur les marchés financiers et les perspectives de croissance. Il n’y a pas d’escalade pour le moment entre la Chine et les États-Unis. Un scénario constructif entre les deux pays ne nous semble pas encore pleinement intégré dans les cours actuels des marchés.
Achevé de rédiger le 17/02/2025